« Je vous donnerai des pasteurs selon Mon Cœur, et ils vous conduiront avec science et intelligence. »
— Jérémie 3, 15
Le 9 août, l'Église célèbre le Bienheureux Jean-Marie Vianney, universellement connu sous le nom de Saint Curé d'Ars, modèle des prêtres, maître des confesseurs et apôtre infatigable de la miséricorde de Dieu.
Le pape saint Pie X disait de lui :
« Oh ! fasse Dieu que tous les curés sans exception prennent pour exemple le vénérable Vianney ! »
Jean-Marie Vianney naquit le 8 mai 1786 à Dardilly, près de Lyon.
Son père, Matthieu Vianney, cultivait avec courage une modeste ferme familiale.
Sa mère, Marie Beluse, possédait une foi profonde qui marqua toute l'enfance de son fils.
Elle répétait souvent à ses enfants :
« Je n'aurais pas de plus grand chagrin que de voir un de vous offenser le bon Dieu. »
Le père, quant à lui, ouvrait généreusement sa maison aux pauvres, partageant son pain, son bois et sa récolte avec les plus nécessiteux.
La Providence permit même qu'il accueille un jour Saint Benoît-Joseph Labre, humble pèlerin de Dieu.
Très jeune, Jean-Marie manifesta un amour extraordinaire pour la prière.
On le retrouvait souvent caché derrière un autel improvisé, ou priant silencieusement pendant qu'il gardait les troupeaux.
Déjà, il rassemblait ses petits compagnons pour leur parler du Bon Dieu :
« Allons, mes enfants, soyez bien sages ; aimez bien le bon Dieu ! »
La Révolution française bouleversa cependant profondément la vie religieuse.
Les prêtres fidèles célébraient les sacrements clandestinement.
C'est dans ces circonstances difficiles que Jean-Marie reçut sa première confession, puis sa première communion, célébrée secrètement avec une profonde ferveur.
Les autres enfants, admirant son recueillement, disaient :
« Voyez le petit Vianney qui fait assaut avec son bon ange ! »
Très tôt, Jean-Marie sentit l'appel de Dieu au sacerdoce.
Mais les difficultés étaient nombreuses.
Sa famille était pauvre.
Ses études furent particulièrement laborieuses.
Le latin, indispensable à la formation des prêtres, lui causa de grandes souffrances.
Le curé d'Écully, l'abbé Balley, reconnut cependant la profondeur de son âme et accepta de devenir son maître.
Il lui enseigna bien davantage que la grammaire.
Il lui transmit :
Malgré ses difficultés intellectuelles, ses supérieurs discernèrent en lui une sainteté peu commune.
Le grand vicaire Courbon déclara que sa vertu suppléait largement à ses insuffisances scolaires.
Enfin, le 13 août 1815, Jean-Marie Vianney reçut la grâce du sacerdoce.
Il fut aussitôt nommé vicaire auprès de son bien-aimé maître, l'abbé Balley, qui continua à former son jeune collaborateur à la vie sacerdotale.
Quelques mois après la mort de l'abbé Balley, le grand vicaire Courbon convoqua le jeune prêtre.
Il lui annonça simplement :
« Vous êtes nommé curé d'Ars. C'est une petite paroisse où il n'y a guère d'amour de Dieu. Vous en mettrez. »
Ces quelques paroles allaient changer l'histoire de l'Église.
En arrivant à Ars, Jean-Marie découvrit un village où la pratique religieuse était faible.
Beaucoup d'hommes négligeaient la messe dominicale.
Les cabarets étaient nombreux.
Les blasphèmes, les danses et l'indifférence religieuse s'étaient largement répandus.
Mais le nouveau curé ne se découragea jamais.
Il savait qu'une âme se gagne d'abord par la prière, l'exemple et la charité.
Lorsque l'abbé Vianney arriva à Ars, la paroisse appartenait encore au diocèse de Lyon. Quelques années plus tard, elle serait rattachée au nouveau diocèse de Belley.
Le village n'était pas ouvertement impie.
Mais la pratique religieuse s'était considérablement affaiblie.
Les hommes négligeaient souvent la messe dominicale.
Les vêpres étaient presque désertes.
Les cabarets étaient nombreux.
Les danses occupaient les dimanches.
Peu d'hommes accomplissaient leurs devoirs de Pâques.
Le nouveau curé comprit immédiatement que seule une véritable sainteté pourrait rendre Dieu à cette paroisse.
Il ne chercha ni les moyens humains, ni les succès faciles.
Le Curé d'Ars visita inlassablement chacune des familles de sa paroisse.
Il connaissait tous ses fidèles.
Il parlait peu.
Il écoutait beaucoup.
Il conseillait avec douceur.
Sa charité était sans limite.
Il donnait aux pauvres tout ce qu'il possédait.
Il allait jusqu'à distribuer ses vêtements, son linge et presque tout ce qui entrait au presbytère.
Sa pauvreté devint extrême.
Il ne possédait qu'une seule soutane.
Il n'avait pas même de manteau malgré les rigoureux hivers de la Dombes.
Son alimentation était tout aussi austère.
Souvent il ne prenait qu'un seul repas par jour.
Il lui arrivait même de passer plusieurs jours presque sans nourriture.
Ses repas consistaient bien souvent en quelques pommes de terre qu'il faisait cuire le lundi et conservait toute la semaine.
Lorsqu'elles étaient presque entièrement gâtées, il disait simplement :
« Elles sont bonnes encore. »
Le véritable foyer du Curé d'Ars était son église.
Il n'entrait au presbytère que pour dormir quelques heures.
Son lit n'était qu'une simple couche de paille recouverte de draps.
Le reste de son temps appartenait à Dieu.
Longues heures d'adoration.
Bréviaire.
Chapelet.
Préparation des sermons.
Catéchisme des enfants.
Visite des malades.
Confessions.
Toute sa vie tournait autour du tabernacle.
Avant de prêcher, il passait souvent de longues heures à genoux devant le Saint-Sacrement.
C'est là que naissaient ces homélies simples, accessibles à tous, mais capables de toucher les consciences les plus endurcies.
Peu à peu, les habitants d'Ars furent transformés.
La sainteté silencieuse de leur curé produisait davantage que les plus beaux discours.
Les blasphèmes disparurent.
Les querelles cessèrent.
Le travail dominical diminua.
Les fidèles revinrent à la messe.
Les vêpres retrouvèrent leurs assemblées.
Le Rosaire fut récité dans les familles.
Les communions se multiplièrent.
Le Curé d'Ars pouvait dire avec reconnaissance :
« Ars n'est plus Ars ; je n'ai trouvé nulle part d'aussi bons sentiments qu'ici. »
Pendant que sa paroisse retrouvait la ferveur, les curés des environs commencèrent à demander son aide pour prêcher leurs missions.
On découvrit alors son extraordinaire talent de directeur d'âmes.
Son confessionnal devint rapidement un lieu de conversion.
Des fidèles arrivèrent bientôt de tout le diocèse.
Puis de toute la France.
Ainsi naquit le célèbre pèlerinage d'Ars.
Des milliers de personnes faisaient parfois plusieurs jours de voyage pour rencontrer ce prêtre dont on disait qu'il lisait dans les consciences.
Une telle renommée suscita aussi des oppositions.
Certains prêtres jalousaient son influence.
D'autres estimaient qu'un homme ayant reçu une instruction aussi difficile ne pouvait être un guide sûr.
On le critiqua.
On le diffama.
On écrivit contre lui.
Des dénonciations furent même adressées à son évêque.
Le Curé d'Ars accueillait toutes ces humiliations avec une profonde paix.
Il répondait souvent :
« Je suis un pauvre pécheur. »
Lorsqu'on lui écrivait qu'il ne possédait pas assez de science pour entendre les confessions, il remerciait humblement ceux qui le reprenaient.
Son évêque, parfaitement convaincu de sa sainteté, le soutint constamment.
Peu à peu, ceux qui le critiquaient devinrent eux-mêmes ses admirateurs.
Le saint Curé ne cachait jamais que le démon cherchait à troubler son ministère.
Pendant près de trente-cinq années, il fut soumis à de nombreuses manifestations extraordinaires durant la nuit.
Des bruits violents secouaient le presbytère.
Des meubles semblaient déplacés.
Le sommeil lui était souvent presque impossible.
Avec son humour habituel, il appelait le démon :
« le grappin »
Jamais pourtant il ne manifesta la moindre peur.
Au contraire.
Il disait que ces attaques annonçaient presque toujours une grande conversion qui allait avoir lieu.
Il acceptait donc ces souffrances comme une pénitence offerte pour le salut des âmes.
La réputation du Curé d'Ars se répandit bientôt dans toute la France.
Des pèlerins arrivaient de toutes les provinces.
Les riches côtoyaient les pauvres.
Des évêques, des prêtres, des religieux, des ouvriers, des paysans, des familles entières venaient chercher auprès de lui la paix de leur conscience.
Un rapport officiel de l'époque estime que près de vingt mille pèlerins visitaient Ars chaque année.
Tous attendaient patiemment leur tour, souvent durant plusieurs heures, parfois toute une journée, dans un profond silence de prière.
Le Curé d'Ars passait la majeure partie de ses journées au confessionnal.
Il y demeurait souvent seize à dix-sept heures par jour, été comme hiver.
Ni le froid glacial de l'hiver, ni la chaleur étouffante de l'été ne diminuaient son zèle.
Jamais il ne semblait se lasser.
Chaque pénitent était accueilli avec la même patience.
Avec la même douceur.
Avec la même charité.
Son unique désir était de conduire les âmes vers la miséricorde infinie de Dieu.
Dieu avait accordé au saint Curé des grâces particulières.
Il discernait souvent l'état intérieur des personnes qui s'approchaient de lui.
Il rappelait avec délicatesse des fautes oubliées.
Il encourageait les âmes découragées.
Il relevait les pécheurs avec une infinie miséricorde.
Son confessionnal était moins un tribunal qu'une rencontre avec la bonté de Dieu.
À plusieurs reprises chaque jour, il quittait quelques instants le confessionnal pour monter en chaire.
Sans longues préparations écrites, il donnait ce qu'il appelait simplement son catéchisme.
Ces enseignements, d'une simplicité évangélique remarquable, furent admirés jusque par le célèbre Père Lacordaire.
Ce qui frappait le plus ceux qui le rencontraient n'était pas seulement son intelligence spirituelle.
C'était surtout la sainteté de toute sa vie.
Son amour de Dieu était si profond qu'il lui arrivait de pleurer en parlant des offenses faites au Seigneur.
Il disait souvent :
« Mon Dieu ! que le temps me dure avec les pécheurs ! Quand serai-je avec les Saints ! »
Son humilité était tout aussi extraordinaire.
Il répétait volontiers :
« Dieu m'a fait cette grande miséricorde de ne rien mettre en moi sur quoi je puisse m'appuyer : ni talent, ni force, ni science, ni vertu. »
Sa vie intérieure se résumait dans cette magnifique définition de la prière :
« Un bain d'amour dans lequel l'âme se plonge. »
Et lorsqu'on lui demandait ce qu'était la foi, il répondait avec cette simplicité qui caractérisait tout son enseignement :
« La foi, c'est quand on parle à Dieu comme à un homme. »
Après quarante et une années de ministère à Ars, les forces du saint Curé commencèrent à décliner.
Le 29 juillet 1859, après une longue journée passée au confessionnal, il rentra au presbytère profondément épuisé.
Il murmura simplement :
« Je n'en peux plus... Je crois que c'est ma pauvre fin. »
Pendant plusieurs jours, il supporta ses souffrances avec une admirable sérénité.
Lorsqu'on lui apporta le Saint Viatique, il pleura de joie en recevant son Seigneur sous les espèces eucharistiques.
Après avoir béni sa paroisse, il remit paisiblement son âme à Dieu dans la nuit du 4 août 1859, tandis que l'on récitait la recommandation de l'âme :
« Que les saints anges de Dieu viennent et l'introduisent dans la céleste cité de Jérusalem. »
La sainteté du Curé d'Ars fut rapidement reconnue par toute l'Église.
Quatre ans plus tard, le même souverain pontife le proclama Patron de tous les curés du monde, afin que chaque prêtre trouve en lui un modèle de fidélité, de charité pastorale et de zèle apostolique.
Le Curé d'Ars nous rappelle que le salut des âmes est l'œuvre la plus grande qui puisse être confiée à un homme.
Même si nous ne sommes pas appelés au sacerdoce, nous pouvons participer à cette mission.
Par nos prières.
Par nos sacrifices.
Par notre fidélité aux sacrements.
Demandons chaque jour au Seigneur de susciter de saints prêtres selon Son Cœur.
Prions aussi pour ceux qui exercent aujourd'hui le ministère sacerdotal, afin qu'ils demeurent des pasteurs fidèles, remplis de charité et entièrement donnés au service des âmes.
Ô Saint Jean-Marie Vianney,
pasteur selon le Cœur de Jésus,
vous qui avez consacré toute votre vie au salut des âmes,
obtenez-nous un profond amour de la confession,
de l'Eucharistie
et de la prière.
Apprenez aux prêtres la fidélité,
la simplicité,
la charité pastorale
et le courage dans les épreuves.
Obtenez à notre époque de nombreuses vocations saintes,
afin que le peuple chrétien ne manque jamais de bons pasteurs.
Et conduisez-nous tous vers Jésus-Christ,
Bon Pasteur de nos âmes.
Ainsi soit-il.