Le martyre de saint Victor nous montre d'une manière éclatante combien les héros du Christ sont supérieurs aux héros de nos armées. Saint Victor naquit vers le milieu du IIIe siècle, d'une noble famille de Marseille.
Ses parents en firent un chrétien accompli, et quand il fut en âge de choisir une profession, il choisit le métier des armes, où il servit les empereurs avec un honneur et une vaillance exemplaires.
Victor ayant appris que l'empereur Maximien arrivait à Marseille pour persécuter cruellement les chrétiens, au lieu de cacher sa foi, il sentit s'accroître en lui son zèle pour la défendre.
Il parcourait hardiment les rangs de ses compagnons chrétiens pour les encourager à ne pas faiblir. Jour et nuit, il se rendait de maison en maison exhorter les fidèles à souffrir généreusement pour Jésus-Christ ; il allait même accompagner les martyrs jusque dans leurs supplices, afin de les fortifier dans le combat suprême.
Trahi par son zèle, il fut chargé de chaînes et conduit à l'empereur lui-même. Maximien employa successivement les promesses et les menaces pour l'engager à sacrifier aux idoles ; le Saint, inébranlable, confondit le tyran en démontrant la vanité des fausses idoles et la divinité suprême de Jésus-Christ.
L'empereur crut qu'une grande humiliation pourrait triompher de Victor : il le fit traîner par les pieds et poursuivre par les coups et les huées de la populace païenne. Après ce premier tourment, Victor répondit de nouveau aux questions :
« Je suis chrétien, je méprise vos dieux et je confesse Jésus-Christ. »
À ces mots, on l'étendit sur un chevalet, et son corps fut affreusement déchiré. Pendant ce supplice, Jésus-Christ lui apparut la Croix à la main, en lui promettant une immortelle couronne, et cette vision céleste adoucit le sentiment de ses douleurs.
La nuit suivante, dans sa prison, il fut visité par les Anges. Trois gardiens, frappés de voir le cachot resplendir d'une miraculeuse clarté, se convertirent, furent baptisés et reçurent le martyre avant Victor lui-même.
Trois jours après, Maximien rappela Victor devant son tribunal et lui ordonna d'adorer une idole de Jupiter. Victor, saisi d'une sainte horreur, poussa l'autel avec son pied et le renversa ainsi que l'idole.
Le tyran, pour venger son dieu, fit couper le pied au vaillant chrétien. Victor offrit humblement ce membre à Jésus-Christ comme les prémices de son sacrifice. Ensuite, il fut placé sous la meule d'un moulin pour être broyé, mais la machine se brisa miraculeusement ; il fallut, pour achever la victime, lui trancher la tête.
En ce moment solennel, une voix céleste fit entendre ces paroles : « Victor, tu as vaincu ! »
Réflexion Morale
Chose étrange, nous admirons souvent le courage héroïque des martyrs sans voir que nous condamnons ainsi notre propre lâcheté quotidienne : la foi servira-t-elle à ceux qui n'en auront pas les œuvres ?